La Turquie doit-elle être membre de l’UE ?

Document de travail de Philippe D. Grosjean
dimanche 7 janvier 2007
par  Philippe D. GROSJEAN, Bruxelles
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La Turquie doit-elle être membre de l’Union européenne ?

Deux questions essentielles me paraissent devoir être débattues :

1. L’adhésion de la Turquie est-elle un bien du point de vue géostratégique ?

Pour bâtir notre environnement euro-méditerranéen (voir l’article de Michel Baud dans le Monde du 15 octobre 2004) est-il préférable que la Turquie soit dans, ou en dehors de l’UE ? Ma réponse se fonde sur la nature fondamentale du processus européen et sur cette base je réponds : « non, la Turquie est responsable d’une autre mission que celle de l’UE ! ». Fondamentalement, en effet, le processus européen est un gigantesque processus de réconciliation entre des états-nations qui, pour se constituer et survivre, ont du se faire la guerre. Toutes les avancées de ce processus ont eu, en effet, une nature commune à savoir la neutralisation des causes et/ou des instruments avec lesquels les nations se battaient. Le dernier instrument de bagarre en date a été neutralisé par une monnaie commune.

La question est-donc : la Turquie doit-elle faire partie de « notre » processus de réconciliation ? ou bien doit-elle faire partie d’un autre processus de réconsciliation à savoir celui du Moyen Orient ? Elle a bien certainement des raisons de se réconcilier avec l’Europe - les historiens nous en donneront certainement de nombreux exemples. Mais n’est-il pas plus important - pour la cohésion et la paix autour de la méditerranée - que la Turquie se réconcilie avec les anciens membres de l’empire ottoman ? Et s’il fallait choisir un premier chantier de réconciliation, la gestion des ressources aquiféres et hydrauliques du Moyen Orient ne semble-t-elle pas devoir être prise au sérieux ? Ne serait-ce pas, pour le Moyen Orient, l’équivalent de ce qu’a été la CECA (gestion du charbon et de l’acier) pour l’Union européenne à savoir le premier chantier de la réconciliation européenne ?

Et si l’on observe que la grande majorité des ressources aquifères et hydrauliques du Moyen-Orient prennent leurs sources dans les montagnes de l’Anatolie, n’est-il pas plus raisonnable, sur un plan géostratégique, que la Turquie fasse partie d’une Union du Moyen-Orient plutot que de l’Union européenne ?

Je suis fermement convaincu que la réponse est affirmative. Et je pense que les vélléités de la Turquie vis à vis de l’UE ne sont que des échappatoires à l’obligation qu’elle a de se réconcilier avec son autre environnement immédiat et d’en prendre le pilotage avec courage et détermination. C’est cela qui est salutaire à long terme, à la fois, pour l’UE, le Moyen Orient et l’ensemble méditerranéen.

2. La deuxième question importante à considérer est celle de la nature et du type de laicité qu’il faut construire dans un environnement musulman.

La laicité n’est pas une et indvisible. Une laicité se caractérise par les formes et les manières d’être qu’elle a développées en fonction du type de pouvoir religieux dont elle s’est libérée et vis à vis duquel elle a construit son autonomie. La laicité « européenne » s’est construite en se libérant du pouvoir religieux chrétien, en particulier celui de Rome. Je ne suis pas convaincu du tout que la laicité de type européen soit celle qui soit la plus pertinente dans un environnement musulman. Je suis convaincu que les musulmans doivent se construire une autre laicité, celle qui jaillira de leur manière propre d’instaurer l’autonomie des pouvoirs religieux et politique. Et si, dans ce processus de construction d’une laicité « musulmane », la Turquie n’est pas présente, agissante, pilote et partenaire, je crains fort que l’Europe ne subisse encore longtemps l’hostilité (parfois fanatique) du pouvoir religieux musulman contre les « valeurs occidentales ». S’il est exact que la Turquie est pionnière dans le processus de construction d’une laicité « musulmane », sa responsabilité est de le poursuivre dans son environnement musulman au sein d’une Union du Moyen Orient ou, peut-être, d’une Union méditerrannéenne, distincte de l’Union européenne mais dans une relation pacifique de coopération.

Ce sont là les deux questions que je me pose à propos de l’adhésion de la Turquie parce que je crois qu’elles sont essentielles.

Qu’en pensez-vous ?

Philippe D. Grosjean


Commentaires

Logo de Philippe D. GROSJEAN, Bruxelles
mardi 25 mars 2008 à 10h46 - par  Philippe D. GROSJEAN, Bruxelles

J’avoue être conforté dans l’opinion que j’ai exposée ci-dessus en apprenant que pour le philosophe turc Mezri HADDAD, l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne serait une mauvaise chose pour l’une et l’autre. Il lui suggère plutôt de prendre l’initiative d’une «  espèce de Commonwealth turco-arabo-islamique  » comprenant les pays de l’ECO(*) mais aussi ceux du Moyen Orient arabe. Telle serait sa vocation historique d’ouvrir à la modernité l’Asie centrale et le Moyen Orient : «  Si rien n’est fait pour fédérer le monde musulman autour d’un projet humaniste, pragmatique et pacifique, il se réunira sous la bannière de l’islamisme le plus radical.  », Entretien au Journal Libération, 31 décembre 2004.

(*) NB : L’ECO est l’organisation de coopération économique (ECO) fondée en 1977 par la Turquie, l’Iran et le Pakistan, étendue aujourd’hui jusqu’en Asie centrale et qui fixe un objectif de libre échange pour 2015 ? La Turquie peut-elle appartenir aux deux organisations, celle de l’Europe et celle de l’Asie mineure et centrale ?

Philippe D. Grosjean.

Le 25 mars 2008.

Logo de Horst Gruetzke
vendredi 2 février 2007 à 14h13 - par  Horst Gruetzke

Bien argumenté ce problème "civilisatoire" de l’adhésion éventuelle de la Turquie à l’Union européenne. J’estime aussi qu’il ne s’agit pas d’un "clash of culture" quant on s’imagine la confrontation des ces différentes valeurs et formes de laicité au moment de l’adhésion d’un pays musulman à l’UE. Je ne partage pas non plus l’avis que les valeurs de l’Europa soient uniquement caractérisés par le christianisme. Une telle revendication risque de mener à une sission entre les Européens qui vivaient autre fois beaucoup influences du judaisme, de l’Islamisme et aussi de l’humanisme. Mais en effet, la laicité européenne est une chose et l’état de civilisation, le laicisme y compris, en Turquie et dans beaucoup d’autres pays autour de la Méditerranée, est une autres chose. Ni meilleure, ni plus mauvaise, mais quand même une autre culture.

Mais pour être bien réaliste et tolérant, on peut même pas parler d’une laicité "musulman" dans son état de développement en tant que conception de vie et civilisatoire. Lorsque le christianisme avait ses 1200 à 1400 ans, il est entré dans sa phase d’adulte en passant d’abord ce sinistre moyen-Age.
Sans vouloir évoquer les excès religieux de ce "moyen-age" du christianisme, il s’avère constater que l’islamisme est au point d’entrer - après 1400 ans d’existance - également dans la phase d’adulte. Ce que nous vivons actuellement ressemble beaucoup de ce que les Européens avaient vecu au Moyen-Age. Je crois que ce phénomène est une développement naturelle et objectif. Chaque fruit doit passer la période de "mûrissement". Laissons donc aussi à l’Islamisme de’arriver à sa maturité.

Parfois j’ai l’impression que même le christianisme n’est pas encore entré dans sa maturité.
Aulieu d’être content de cette "valeur européenne" qui est caractérisée ausibien par laicité mais aussi par la tolérance, certain hommes et femmes politiques de l’UE revendiquent que la préambule de la future Constitution européenne soit caractérisée par la "vocatio Deus" qui vise uniquement à une reprise du pouvoir relgieux, cette fois de l’Eglise de Rome.

Défendons donc le laicisme européenne aussi à l’intérieure de l’Union européenne pour éviter cette tendance à un fondamentalisme chrétien.

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Prix Nobel d’économie à Elinor Orstrom : une bonne nouvelle pour la théorie des biens communs

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Le 12 octobre 2009, les jurés de Stockholm ont attribué le Prix Nobel d’économie à Elinor Orstrom et Oliver Williamson. Leurs travaux, quoique très différents, portent non plus sur la modélisation économique, mais sur le « retour au réel ».

Elinor Orstrom est une auteure majeure de la théorie des Communs. Elle a publié des travaux très importants sur la gestion par les communautés de leurs outils collectifs. Elle a coordonné avec Charlotte Hess un livre séminal "Understanding knowledge as a commons".

Le mouvement pour les Communs s’étend rapidement à l’échelle mondiale, comme le montre l’appel "Pour la récupération des biens communs" issu du dernier Forum social mondial de Belèm en janvier 2009.

Ce prix Nobel est un encouragement à poursuivre à la fois la théorie des biens communs et la pratique du partage ouvert comme modèle d’autogestion pour toute la société.

Le Professeur Hervé Le Crosnier (Université de Caen) a écrit un papier sur cette nomination qui est bien évidemment diffusé sous licence Creative Commons. Celles ou ceux qui souhaitent le reproduire peuvent se référer à la version en ligne, plus facile à copier.

Un livre sur les Communs de la connaissance est en préparation qui devrait paraître en novembre 2009. Vous pouvez en découvrir le sommaire.


NB : lisez aussi ce dossier des ALTERNATIVES ECONOMIQUES sur les deux économistes qui ont reçu le "NOBEL" (en fait, le prix spécial de la BANQUE DE SUEDE donnée en hommage à Alfred Nobel, mais qui n’est pas un prix "NOBEL" stricto sensu.)

Lettre aux électeurs européens.....

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Pour information, prenez connaissance de ce document de la Fondation Robert Schuman.

Initiative d’un partenariat oriental

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La proposition décrite ici d’un partenariat oriental est une information intéressante à retenir !