Le besoin de symbole

dimanche 30 septembre 2007
par  Daniel Spoel, FR-17240 Saint Germain du Seudre
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Ne faut-il pas des symboles pour exprimer les objectifs et les valeurs de l’Union ?
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Le besoin de symboles  [2]

La citoyenneté doit être formalisée et fêtée par une symbolique forte. Chaque Etat souverain a son drapeau, son hymne national, sa devise, sa monnaie et sa fête nationale, et parfois d’autres représentations symboliques qui font partie de ses légendes (la France a Marianne, les Etats-Unis ont un aigle, l’Angleterre a eu et a parfois encore un boule-dogue, etc).

Depuis le Traité de Maastricht (1992), la citoyenneté européenne a pour objectif de “renforcer la protection des droits et des intérêts des ressortissants des Etats membres”. Dans l’Union européenne, il y a bien des Etats-nations qui partagent une partie de leur souveraineté. Ce partage de souveraineté constitue précisément l’Union. Nous avons un drapeau européen, nous avons un hymne européen, pour les Etats de la zone Euro, nous avons une monnaie unique qui symbolise un transfert supplémentaire de souveraineté. Pourquoi le projet de Traité modificatif n’ose-t-il plus faire référence aux symboles de l’Union “alors qu’ils trouvaient une assise populaire couplée avec leur légitimité” [3] ?

Il nous faudrait bien au contraire une fête de la citoyenneté européenne (le 9 mai) et des institutions qui représentent cette citoyenneté. Les symboles sont nécessaires à la communication de signifiants, ils les perpétuent au travers des âges. Ainsi les symboles chrétiens ont investi les symboles des anciennes religions : le paon (immortalité), le berger avec une brebis (image du fidèle chrétien avec le Bon Pasteur), la croix (ansée) de la religion pharaonique, le mythe de la résurrection (qui appartenait au culte d’Osiris), la naissance du Christ est fêtée le 25 décembre (comme celle de Mithra auparavant) juste après le solstice d’hiver, etc.

Ne faut-il pas des symboles pour exprimer les objectifs et les valeurs de l’Union ?

On reproche à l’Union son “déficit démocratique” !

Le Parlement suffit-il symboliquement à garantir la démocratie ?

Certainement pas, il ne représente que la partie représentative de la démocratie. En accentuant son rôle représentatif de la démocratie, on pourrait dire que le Parlement est démocratiquement désigné par le peuple pour les médias, pour la partie show-business de la démocratie en représentation théâtralisée. Le Parlement n’est pas le sang de la démocratie ; il n’est pas la circulation de la démocratie, comme l’a souligné le rapport Duff-Voggenhuber : le Parlement européen ne fait pas assez “circuler la démocratie représentative”. La circulation dans les deux sens existe peu, il a fallu l’activer par un “pace-maker” de la démocratie représentative en organisant une première réunion commune entre le Parlement européen et les Parlements nationaux pour concrétiser les relations entre l’Union et les Etats-nations. Mais il manque le vrai “sang”, la vraie circulation que seule la démocratie participative est capable de produire, de procurer, de distribuer. Il faudra revenir sur l’organisation de sa fonction symbolique.

La Commission ne suffit certes pas comme fonction symbolique dans son mode de désignation actuel, puisque son Président n’est pas désigné par le suffrage universel, sur la base d’un programme et d’une équipe, et il n’est même pas désigné par le Parlement mais coopté par les Etats. Cette cooptation se fait de plus en plus sur le plus petit dénominateur commun de l’abandon de souveraineté. Les Etats font de la résistance en vidant la Commission de sa substance symbolique : celle d’assurer le bien commun, collectif de tous les citoyens européens.

Il ne saurait y avoir de citoyenneté véritable sans une personne pour symboliser le choix des citoyens.

Les ennemis d’une construction européenne plus aboutie sont aussi ceux qui organisent la résistance des Etats ; ils craignent les symboles parce que, comme le disait Avicenne, “le symbole est médiateur parce qu’il est silence, il dit et ne dit pas, et ainsi précisément il énonce ce qu’il est seul à pouvoir dire”. Le symbole est l’expression synthétique des liens de signification, il est la représentation de ce qui est socialement co-constitué et permet un accès commun à une situation (à sa compréhension) et la création des normes communes.

Trop souvent, la sphère politico-médiatique de nos sociétés post-modernes “se représente elle-même” à l’opinion publique au sens des jeux de rôles et du spectacle plus qu’elle ne “représente” au sens de la représentation des aspirations des citoyens, de la construction de la cohésion sociale, du respect des biens publics et de l’intérêt collectif. C’est la loi de la notoriété et de l’audimat, de la pulsion populaire, mais aussi de l’éphémère et du jetable.

L’homme politique entend être “ce symbole” fabriqué, c’est pourquoi, il ne veut pas de symboles, qui disent et ne disent pas. L’homme politique veut contrôler l’espace public par sa logorrhée et par sa gestuelle. Depuis près de deux décennies, les hommes politiques ont détruit systématiquement la perception du travail communautaire des institutions de l’Union dans leurs Etats-nationaux respectifs. Ils ont systématiquement mis en scène ce travail comme s’il s’agissait d’un affrontement dont ils sortaient vainqueurs, alors qu’ils’agissait en fait de la recherche de l’intérêt commun ou à défaut de la recherche de compromis entre les intérêts nationaux.

De ce fait, l’espace public, en tant qu’espace privilégié du débat et de la délibération démocratique, n’est plus assuré d’une manière satisfaisante par les médias (surtout pas par la télévision). Cet espace public là est trop fugace, trop périssable. Même les Parlements n’arrivent plus à trouver une résonnance dans l’espace public à cause du mode de fonctionnement très technique de la vie parlementaire, de la pression des lobbies en coulisse (en dehors de l’espace public) et d’un certain désintérêt des citoyens pour la chose publique.

En plus des symboles généraux, l’Union aurait besoin d’un espace du “public” de la symbolisation de la démocratie participative, par une réforme et par une légitimation de la société civile, par une nouvelle conception, plus humaine, de la richesse et de la diversité des citoyens au travers de leurs associations. Mais il faudra que l’Union se dote d’autres symboles pour mobiliser les citoyens et atteindre le stade de la “légitimité démocratique” en plus de sa “représentativité”.

La légitimité est de l’ordre de la connaissance et du partage, la part éthique de la démocratie, la représentativité est de l’ordre de l’arithmétique, c’est-à-dire la partie fonctionnelle de celle-ci. Chacune des deux parties mérite d’avoir ses symboles.

Le 26 septembre 2007.

Daniel Spoel, membre du Forum permanent de la société civile européenne


[1] A propos de symbolique, il faut toutefois faire une remarque : surtout pas de symbolique dévoyée comme celle des sports et des jeux olympiques avec un classement et des médailles, des sponsors et les chaînes de télévision commerciales. Soit tout, sauf le prétendu esprit olympique d'origine. En effet, la véritable victoire, la véritable compétition est sur soi-même. La participation et la coopération avec les autres sont indispensable pour s'améliorer et gagner cette bataille avec soi-même.

[2] A propos de symbolique, il faut toutefois faire une remarque : surtout pas de symbolique dévoyée comme celle des sports et des jeux olympiques avec un classement et des médailles, des sponsors et les chaînes de télévision commerciales. Soit tout, sauf le prétendu esprit olympique d’origine. En effet, la véritable victoire, la véritable compétition est sur soi-même. La participation et la coopération avec les autres sont indispensable pour s’améliorer et gagner cette bataille avec soi-même.

[3] Voir l’article de Xavier Zeegers dans La Libre du 17 août 2007.


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